Un litre d'eau qui bout en 3 minutes sur un réchaud à gaz. Le même litre qui met 8 à 10 minutes sur un réchaud à alcool. Et pourtant, dans mon sac, c'est souvent l'alcool qui gagne. Pas par nostalgie, pas par purisme de randonneur à sandales. Parce que sur un trek de cinq jours, le calcul complet raconte une autre histoire que le simple chrono.
La question « gaz ou alcool ? » revient à chaque préparatif de bivouac, et elle mérite mieux qu'un « ça dépend ». Alors reprenons les chiffres, la logistique du combustible, le comportement par temps froid, et ce que personne ne vous dit : le poids du système entier sur une semaine.
Points clés à retenir
- Le gaz chauffe vite (2-4 min pour 1 L), l'alcool est lent mais silencieux et sans pièce mécanique.
- Sur 5 à 7 jours, le poids du combustible peut inverser l'avantage du gaz.
- L'alcool à brûler se trouve dans n'importe quel supermarché ; les cartouches gaz, beaucoup moins hors des grandes villes.
- Par grand froid, le gaz perd en pression ; l'alcool reste prévisible.
- L'avion interdit le combustible liquide en cabine : à intégrer avant de partir.
Pourquoi le choix entre réchaud gaz et alcool ne se résume pas au poids
Quand on compare deux réchauds, on a tous le réflexe de poser les grammes sur la balance. Le réchaud gaz pèse 90 g, le réchaud alcool 30 g, match plié. Sauf que le réchaud n'est qu'un tiers du problème. Le reste, c'est le combustible et sa logistique.
J'ai fait cette erreur pendant des années. Je partais avec un petit réchaud à gaz ultraléger, convaincu d'avoir trouvé l'optimum. Puis un ami m'a fait remarquer que ma cartouche de 230 g pesait le double de son flacon d'alcool de 500 ml, pour un nombre de repas comparable. J'ai vérifié sur le terrain. Il avait raison sur le fond, tort sur les détails — mais la graine était plantée.
Le vrai calcul : le système complet
Un système, c'est le réchaud, la popote, le combustible et l'éventuel pare-vent. Voilà ce qui compte réellement dans le sac.
| Critère | Réchaud à gaz | Réchaud à alcool |
|---|---|---|
| Poids réchaud nu | 60-100 g | 20-60 g |
| Temps pour 1 L d'eau | 2-4 min | 8-12 min |
| Puissance | Élevée, réglable | Faible, peu réglable |
| Bruit | Rugissant | Silencieux |
| Pièces mécaniques | Vanne, joint, allumage piézo | Aucune |
| Combustible disponible | Magasins spécialisés | Supermarché, droguerie |
| Par grand froid | Perte de pression | Fiable |
Ce tableau, à lui seul, ne tranche rien. Il faut lui ajouter la dimension temps : plus votre sortie est longue, plus le poids du combustible pèse, et plus l'alcool rattrape son retard sur les premiers kilomètres.
Combien de combustible pour une journée de randonnée ?
Un randonneur qui se contente de réchauffer de l'eau pour une déshydratée et un thé consomme entre 15 et 25 g de gaz par jour en conditions normales. En alcool, comptez plutôt 30 à 50 ml par repas pour le même résultat, souvent un peu plus si vous cuisinez vraiment.
Sur une sortie de deux jours, l'écart est anecdotique. On emporte une petite cartouche, on rentre, on n'y pense plus. Le problème commence à partir de quatre ou cinq jours.
Le seuil où tout bascule
Prenons un trek de sept jours, deux repas chauds par jour. En gaz, une cartouche de 230 g tient à peu près la semaine si vous êtes économe — et vous emportez une deuxième cartouche par sécurité, soit 450 g au total. En alcool, il vous faudra environ 700 ml pour la même semaine. Vous partez avec 700 g de liquide, mais chaque gramme consommé disparaît du sac au fur et à mesure.
Et là, surprise : au bout de trois jours, votre sac à dos a perdu du poids là où le randonneur au gaz traîne encore une cartouche entamée dont il ne sait pas s'il en aura assez. Ce n'est pas un détail. Sur une longue sortie, cette différence se sent dans les épaules.
- Sortie d'un week-end : le gaz gagne, sans discussion.
- Trois à quatre jours : match nul, choisissez selon la disponibilité du combustible.
- Une semaine et plus : l'alcool prend l'avantage en poids transporté, à condition d'accepter la lenteur.
- Groupe de trois personnes ou plus : revenez au gaz, la puissance devient un confort réel.
Ce que je vous raconte là n'a rien de théorique. J'ai porté les deux systèmes sur le même itinéraire en autonomie complète, et c'est au troisième jour, quand on remet le sac sur les épaules, que la différence se rappelle à vous.
Gaz ou alcool : quand la température ou le vent changent tout
Voilà le point que la plupart des comparatifs expédient en une ligne. C'est pourtant là que les deux systèmes se séparent vraiment.
Le gaz est sensible au froid. En dessous de zéro, la pression chute dans la cartouche, la flamme faiblit, et certains mélanges refusent carrément de bien brûler. On compense en gardant la cartouche au chaud contre soi, dans le duvet, ou en la secouant. C'est faisable, mais c'est une gymnastique quotidienne.
L'alcool, lui, ne connaît pas ce problème de pression. Il brûle pareil à -5 °C qu'à 15 °C. En revanche, il est encore plus lent quand il fait froid, car l'eau met plus de temps à chauffer et l'alcool à monter en température. Vous échangez un problème de fiabilité contre un problème de patience.
Et le vent, dans tout ça ?
Le vent est le pire ennemi des deux. Le gaz s'en sort un peu mieux grâce à sa puissance, mais une flamme mal protégée devient un simple briquet inutile. L'alcool souffre davantage, car sa flamme est plus basse et plus fragile.
Un pare-vent n'est pas un accessoire de luxe, c'est la moitié du rendement. Sur un réchaud à alcool, il peut réduire le temps d'ébullition de moitié par vent soutenu. Rien qu'avec un pare-vent bricolé dans une feuille d'alu pliée, j'ai fait passer mes cuissons de « interminables » à « supportables » sur une crête exposée.
En altitude, les deux systèmes sont pénalisés par la baisse de pression atmosphérique et l'eau qui bout à plus basse température — mais c'est un phénomène que subit tout le monde, quelle que soit la source de chaleur.
Trouver du combustible : oui, mais où ?
Question bête, réponse déterminante. En France et en Europe, l'alcool à brûler se trouve dans à peu près n'importe quel supermarché, droguerie ou quincaillerie. Le gaz, non. Il faut un magasin de sport ou de bricolage, et ça change tout quand on randonne dans une zone isolée où le dernier village n'a qu'une épicerie.
Les cartouches gaz ont un autre défaut : elles ne se revendent pas facilement une fois entamées, et chaque marque a son pas de vis. Un système incompatible avec la cartouche trouvée sur place, et vous voilà à pied. L'alcool, dans sa bouteille en plastique, ne connaît pas ce genre de trahison.
L'avion, le piège que personne n'anticipe
Ni l'alcool ni le gaz ne partent en cabine. Le combustible liquide est interdit, et les cartouches sous pression sont refusées dans la plupart des cas, même en soute. Résultat : vous achetez sur place, ou vous renoncez à votre réchaud pour un vol.
Les réchauds à alcool solide (les fameuses pastilles type Esbit ou celles vendues en supermarché) contournent parfois la contrainte, mais leur rendement calorifique est médiocre et l'odeur n'est pas des plus agréables en tente. Ça dépanne, ça ne remplace pas.
Sécurité, manipulation et usage en tente
Le gaz a une réputation de sécurité parce qu'il est réglable : on ferme la vanne, la flamme s'éteint. L'alcool, lui, ne s'éteint pas d'un simple geste. On l'étouffe avec un couvercle, ou on le laisse brûler. Un flacon renversé en pleine flamme, et vous avez un feu qui court sur la table de camping.
Ce risque est réel, mais il se gère. Les réchauds à alcool modernes intègrent souvent un brûleur qui ne se renverse pas et une contenance limitée. Les vieux réchauds à alcool à mèche, qu'on trouve encore en brocante, sont plus capricieux — j'ai un modèle ancien qui fonctionne magnifiquement à condition de ne jamais le quitter des yeux.
Autre point : les deux systèmes dégagent du monoxyde de carbone. Aucun ne s'utilise dans une tente fermée, point barre. Même le « petit coup de thé rapide » peut mal tourner.
- Ne remplissez jamais un brûleur alcool encore chaud.
- Gardez les cartouches à l'abri du soleil et des chocs.
- Prévoyez une surface stable : le réchaud alcool, léger, se renverse plus facilement.
- Éloignez le combustible de la flamme pendant la cuisson.
Alors, gaz ou alcool : le verdict
Si vous faites des sorties courtes, si vous voyagez à plusieurs, si vous voulez cuisiner vraiment et vite, prenez le gaz. C'est puissant, réglable, polyvalent, et son défaut de poids ne se paie que sur les longues distances. Franchement, pour un week-end, il n'y a pas débat.
Si vous partez seul, longtemps, en autonomie, dans des zones où le ravitaillement est incertain, l'alcool devient une évidence. Il pèse moins à mesure que la sortie avance, il ne tombe jamais en panne, et il vous laissera toujours trouver de quoi brûler au village suivant. Vous paierez ce confort en patience et en minutes d'attente.
Mon propre choix, si vous voulez le savoir, a fini par se stabiliser : alcool pour les treks d'une semaine ou plus, gaz pour tout le reste. Pas de dogme. Juste le calcul du sac au troisième jour.
Et puis il y a autre chose, qui ne se met pas dans un tableau : le silence du brûleur alcool au petit matin, quand la vallée est encore endormie et que le seul bruit est celui de l'eau qui frémit. Le gaz vous réveillerait presque. L'alcool, lui, vous laisse écouter. C'est peut-être une raison de vieux randonneur, mais c'est la mienne.